Interview sur OCEANE FM

Journaliste : Pascal Vittori, bonjour.

Pascal Vittori : Bonjour.

Journaliste : Et merci d’avoir accepté notre invitation. Vous avez été l’un des premiers à réagir, avec véhémence, aux propos du ministre des outre-mer. Ces propos ne sont-ils pas logiques et cohérents, dans la mesure où l’État a accepté de lever le drapeau kanak, initiative que vous avez soutenue ? Qu’est-ce qui vous choque ?

Pascal Vittori : Moi, j’ai été scandalisé par les propos du ministre. D’abord, un ministre, tout seul, qui décide d’appeler la Nouvelle-Calédonie « Kanaky », sans rien demander à personne, moi, je trouve ça scandaleux et je trouve ça méprisant, vis-à-vis des Calédoniens qui, encore, au moment de l’élection présidentielle, se sont largement exprimés pour le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France. Et puis, en même temps, le drapeau avait été levé, moi, je vous le rappelle, pour permettre le début des négociations sur l’avenir. Je considère que c’est un geste très fort qui a été consenti par les loyalistes, et je l’ai dit à peu près au moment de la levée du drapeau, sur RFO télévision, à l’occasion d’un débat, moi, j’attends un retour à ce geste, parce qu’il n’y a pas de raison que ce soit toujours les mêmes qui fassent des gestes et qui fassent des efforts. Je considère que tant qu’il n’y a pas eu de retour sur ce geste très important pour nous, il n’y a pas de raison d’accepter d’autres concessions.

Journaliste : Êtes-vous prêt à vous asseoir autour d’une table avec tous les autres leaders politiques du territoire, pour discuter du nouveau nom du pays ?

Pascal Vittori : Pas pour le moment. Tant qu’on n’a pas eu de retour sur le drapeau, il n’y a pas de raison de se mettre autour d’une table et de discuter. Nous, on a fait notre geste, on a fait notre part du travail. Le indépendantistes, maintenant, ont à faire leur part du travail. Et il y a que comme ça qu’on peut se mettre autour d’une table et qu’on peut négocier, c’est quand chacun fait des concessions. Si ce sont toujours les mêmes qui font les concessions, il y a pas de discussion possible, il y a pas de négociation possible.

Journaliste : Donc là, on n’est plus dans la politique de la main tendue, vous attendez l’autre main tendue ?

Pascal Vittori : Moi, depuis la levée du drapeau, j’attends, oui, la main tendue des indépendantistes.

Journaliste : Le 29 août prochain, c’est l’élection du nouveau président du Congrès. Vous présentez un candidat, l’Avenir ensemble ? Ou vous soutenez Simon Loueckhote, Gérard Poadja ou Rock Wamytan pour des raisons tactiques ?

Pascal Vittori : L’Avenir ensemble ne présentera pas de candidat et puis, on votera pour un candidat non-indépendantiste. On n’a pas encore choisi le candidat, mais on votera pour un candidat non-indépendantiste.

Journaliste : Simon Loueckhote, la semaine dernière, se présentait comme le candidat de l’union, et voyait mal, pour que le camp loyaliste puisse obtenir la présidence, un consensus sur son nom. Vous lui répondez quoi ?

Pascal Vittori : Simon Loueckhote voyait mal un consensus sur son nom ?

Journaliste : Oui, de la part du camp loyaliste, il ne pouvait pas imaginer qu’un autre candidat serait élu du camp loyaliste, grâce à vous.

Pascal Vittori : On va voir, effectivement. Je trouve que les propos de Simon Loueckhote, notamment sur le fait qu’il faut se rassembler, qu’il faut arrêter de diviser, etc., sont intéressants.

Journaliste : Tout le monde le dit chez vous.

Pascal Vittori : Oui, oui. Non, mais c’est important pour nous. On est dans une période, on l’a dit, de négociations sur l’avenir, on peut pas se permettre d’être divisés comme on a pu l’être. C’est pas une bonne chose pour les non-indépendantistes, ça fait pas avancer notre cause. Et donc, effectivement, je souhaite que le président du Congrès, ce soit quelqu’un de rassembleur, qui tienne compte de toutes les composantes de la famille non-indépendantiste.

Journaliste : En même temps, c’est aussi le discours que tenait Rock Wamytan, comme président du Congrès, quand il a été élu, de respecter toutes les sensibilités politiques. Mais là vous êtes prêts à le lâcher, pour dire les choses clairement.

Pascal Vittori : Je ne parlerais pas de lâchage. Je prends simplement en considération que les électeurs se sont exprimés au moment des législatives, qui n’ont pas cautionné l’élection d’un indépendantiste à la tête du Congrès, et donc, nous, on doit tenir compte de ce que les électeurs nous ont dit. Tout simplement.

Journaliste : Lors des dernières législatives, au soir du 1er tour, Harold Martin a été le premier leader loyaliste à apporter clairement son soutien à Philippe Gomès dans la 2nde circonscription. Qu’attendez-vous en retour ?

Pascal Vittori : Rien du tout. Je trouve ça normal qu’au 2e tour, on appelle à voter pour le dernier loyaliste qui est dans la course, le mieux placé. Je me souviens qu’en 2007, j’avais fait campagne avec Didier Leroux au 1er tour, et au soir du 1er tour, on avait été les premiers à appeler à voter au 2e tour pour Gaël Yanno. Donc, voilà, c’est normal, c’est cohérent. On doit se soutenir entre loyalistes, et donc, au 2e tour, on doit faire front.

Journaliste : C’est un message adressé à Gérard Poadja ?

Pascal Vittori : C’est un message adressé à tout le monde. Juste pour vous dire, je me méfie un peu d’envoyer des messages à Calédonie ensemble, parce que quand je le fait, en général, ils me font un procès.

Journaliste : Que pensez-vous de l’action des deux nouveaux députés du territoire ? C’est, pour vous, un sans faute, ou avez-vous déjà des critiques à formuler sur leurs interventions à l’Assemblée ?

Pascal Vittori : Non, j’ai pas de critiques. On en est qu’au tout début. Il y a eu quelques interventions à l’Assemblée, quelques rendez-vous dans les ministères. Non, je crois qu’il faudra faire le bilan à la fin de la mandature. J’ai pas de jugement, a priori. Je regarde. Ce qui m’intéresse, c’est le travail qui est fait. Voilà, je regarde le travail qui est fait, et puis on fera le bilan en fin de mandature, c’est tout.

Journaliste : Qu’attendez-vous de la visite du président de la République, qui devrait venir, selon nos infos, sur le territoire, fin novembre, début décembre, juste avant la réunion du comité des signataires ? Qu’est-ce que vous auriez envie de lui dire, à François Hollande ?

Pascal Vittori : Qu’il ne fasse pas comme son ministre de l’outre-mer, qu’il ne prenne pas position pour les indépendantistes, et puis, qu’il reste dans son rôle d’arbitre, d’accompagnateur. Il doit accompagner les Calédoniens dans la négociation, c’est important, puisqu’on est dans une période qui nécessite de la discussion et de la négociation. L’État est là comme un facilitateur. Il ne doit pas prendre parti pour les indépendantistes ou les non-indépendantistes. Il doit rester neutre dans cette affaire.

Journaliste : Comment se porte votre mouvement, en ce moment ?

Pascal Vittori : Écoutez, ça va. Vous savez, on a toujours…, on a fait un conseil territorial, il y a 15 jours – trois semaines, qui a bien fonctionné. On a toujours nos élus au congrès, à la province, on est très investis dans le fonctionnement des institutions, au gouvernement, avec Harold Martin et Sylvie Robineau, à la province Sud, à l’exécutif, avec moi-même. Voilà, on travaille beaucoup, et puis on fait également du terrain puisqu’on s’est investis dans la campagne des présidentielles, on s’est investis dans la campagne des législatives. Donc, ça fonctionne plutôt bien.

Journaliste : Et là, une prochaine campagne pour la présidence du Congrès ?

Pascal Vittori : Non, il n’y aura pas de campagne pour la présidence du Congrès. On votera, mais il y aura pas de campagne.

Journaliste : Comment se porte aujourd’hui le camp loyaliste, de façon générale, est-ce qu’il y a des orientations qui commencent à se mettre un petit peu en route, pour rassembler ?

Pascal Vittori : Oui, on voit bien qu’il y a un discours de rassemblement qui est tenu. Simon Loueckhote a tenu ce discours, je tiens ce discours. On va le voir d’ailleurs, je pense, au moment de l’élection du président du Congrès. Il y a un certain rassemblement qui va se faire, sans mauvais jeu de mots, les loyalistes vont certainement se regrouper sur un candidat. Et moi, c’est ce que je souhaite également. Maintenant, vous savez, c’est difficile, parce que, quand il y a eu une campagne et qu’il y a eu des affrontements pendant la campagne, il faut laisser passer un petit peu de temps avant que les passions s’éteignent et qu’il puisse y avoir des discussions. Donc, c’est pas quelque chose de facile, mais de toute façon, quand on sera à la table des négociations face aux indépendantistes, il faudra bien qu’on fasse bloc.

Journaliste : Et au-delà de la politique politicienne, concernant les dossiers de société qu’attendent les Calédoniens, est-ce que tout ça, c’est remis plus ou moins en cause ?

Pascal Vittori : Non, non, je ne crois pas. Je crois que ce qui va être un petit peu compliqué, c’est les négociations sur l’avenir. En tout cas ça me paraît difficile de continuer ces négociations avant 2014, étant donné que Calédonie ensemble qui a remporté les législatives était contre le début des négociations avant 2014. Donc, à mon avis, ça, ça va être repoussé à après 2014, forcément. Mais après, pour ce qui est des sujets de société, comme la vie chère, par exemple, qui est un sujet très important…

Journaliste : Ou le logement…

Pascal Vittori : Ou le logement. Il y a eu un débat, encore hier soir à la télévision. Le gouvernement a fait des propositions pour ce qui concerne la vie chère. On est en train d’examiner, en commission du Congrès, les premières mesures proposées par le gouvernement, notamment une liste de produits à prix bloqués. Et sur ce qui est du logement, il y a des actions qui se poursuivent. C’est la compétence des provinces, et donc, la province Sud a un programme de construction de logements, comme ça se fait depuis des années, mais elle a aussi des programmes innovants, comme la réhabilitation du parc privé, vous avez des immeuble privés qui sont délabrés. Eh bien, on aide un propriétaire privé à remettre son immeuble en état, pour qu’ensuite, il puisse louer à des prix intéressants, les logements qui sont dans son immeuble. Et puis il y a des programmes d’accession à la propriété qui fonctionnent très bien, notamment sur Dumbéa-sur-Mer, et qui permettent à des familles, avec l’aide de la province toujours, à des familles modestes de pouvoir accéder à la propriété. Ça, c’est une demande qui est très importante de la part des Calédoniens, et on a la même demande chez les bailleurs sociaux. Et je sais par exemple, qu’il y a une demande depuis longtemps, des locataires de la Sic, de pouvoir accéder à la propriété. Je sais que la Sic va faire des efforts dans ce sens prochainement.

Journaliste : Pascal Vittori, merci. Un dernier mot ?

Pascal Vittori : La seule chose, le message que je voudrais faire passer, c’est que quand on s’investit, en politique, mais dans les exécutifs, que ce soit la province ou au gouvernement, c’est pour essayer de faire avancer les choses, c’est pour faire du travail, c’est pour changer la vie des Calédoniens concrètement. Voilà, c’est le combat que je mène avec l’Avenir ensemble.